À ma grand-mère

A ma grand-mère, celle qui m'a appris l'importance d'écrire son histoire

        Ma grand-mère, je l’ai rencontrée pour la première fois il y a quelques années. J’avais vingt-cinq ans.

        Elle était souriante. Elle était belle. Elle ressemblait incroyablement à ma mère. Elle adorait lire, surtout les romans les plus sanglants de Stephen King. Elle devait mettre de la crème sur ses mains sèches — comme moi. Elle cuisinait des plats dont je n’avais jamais entendu parler — du rougail saucisse et du cari de poulet. Elle nous a accueillis chez elle, nous, des étrangers, qu’elle semblait avoir toujours connus.

        Elle avait déjà ses cheveux blancs et ses rides autour des yeux. Je sais qu’elle a eu, un jour, le même brun que ma mère et la rondeur de mon visage, mais je ne l’ai jamais connue ainsi. Elle ne m’a pas vue vieillir — et moi non plus. 

        Quelques semaines avant cette première rencontre, j’ignorais jusqu’à son existence. J’avais grandi avec d’autres gens. On m’avait raconté autre chose. Une histoire familiale différente — falsifiée — qui l’avait tenue éloignée de nous. 

        Et puis, un jour, un lien s’est créé grâce à une lettre. Un dialogue s’est ouvert. J’ai appris que, quelque part, vivait une personne extraordinaire qui était ma grand-mère. Une mère qui avait souffert, une grand-mère qu’on avait effacée, mais surtout une femme que l’on avait privée de parole. Un récit avait été choisi à la place du sien. Il avait été répété, perpétré, jusqu’à ce qu’il ressemble tellement à la vérité que la voix de ma grand-mère aurait paru discordante. Fausse. Alors, elle s’était tue pendant des décennies.

        Notre relation est née lorsqu’elle a enfin pu transmettre son histoire. J’ai appris à la connaître, mais aussi à mieux comprendre ma famille. Elle m’a partagé ses douleurs, ses trahisons, ses regrets ; et pourtant, je n’ai entendu que sa force et son courage. Elle est devenue un exemple, pour moi, de résilience — un vrai, de ceux que l’on voit rarement dans une existence. Je me suis sentie chanceuse qu’elle entre dans ma vie, fière de son combat, admirative de son sourire. Je n’ai pas réussi à l’appeler « mamie » avant longtemps, mais je l’ai tout de suite aimé. 

        C’est avec elle que j’ai compris la nécessité de raconter son histoire. C’est elle qui a fait naître cette flamme en moi. Je ne connaissais pas le métier de biographe, mais je saisissais déjà toute son importance. 

        Aujourd’hui, je savoure le temps qu’il nous reste. Je ne pense pas aux années perdues, mais à toutes celles que j’ai la chance de partager avec elle. Elle ne m’a pas vu grandir, mais elle voit ma fille. C’est un cadeau de la vie. 

        Alors, bonne fête à toutes les grand-mères. Celles que l’on a connues ou non, celles que l’on retrouve souvent ou non, celles qui nous embrassent, celles qui nous chamaillent, celles qui radotent au téléphone, celles dont la mémoire vacille, celles aux souvenirs gravés, celles qui nous ont quittés et celles, précieuses, qui sont encore là…

A ma grand-mère, celle qui m'a appris l'importance d'écrire son histoire

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