Combattantes
Emmy
Je me rappelle qu’après la naissance de ta grande sœur, les souvenirs d’elle débordaient ; photographies, vidéos, magnets que j’avais créés moi-même. Je voulais tout garder de ces premiers instants. Chacun de ses gestes, chacun de ses sourires, chacun de ses pleurs aussi — il y en a eu beaucoup — je ne devais rien oublier. Maman. J’étais Maman.
Ton père et moi n’étions qu’au début de notre couple, trois mois à peine, mais ta sœur s’était accrochée à mon ventre comme à mon cœur. Inattendue, mais déjà chérie. Ma vie ne devait plus exister sans elle. La grossesse avait été longue et laborieuse ; l’amour n’empêche pas les nausées ni les contractions prématurées. Moi qui avais été danseuse, je savais mon corps capable d’en supporter beaucoup, mais je ne le reconnaissais pas. Ce n’était plus moi. J’avais hâte d’en finir, hâte surtout de la serrer contre moi, de découvrir cet être que je devinais sur les échographies, forme floue en noir et blanc qui devait devenir le visage le plus doux que j’ai vu. Entendre enfin battre son cœur contre sa peau, et non à travers un monitoring.
Emmy avait dû sentir mon impatience ; elle était arrivée trois semaines avant le terme, aidée par l’acupuncture. J’étais prête. Après plusieurs heures en salle de naissance, on m’avait indiqué que le col était à dix centimètres. Quelques minutes encore, et j’allais serrer ma fille dans mes bras. J’avais poussé, comme on me l’avait appris, soutenue par ton père et par les soignants. Déterminée. Excitée.
Mais ta sœur n’était pas descendue. « Ce sera par césarienne », m’avait-on annoncé. Je n’avais pas peur ; j’allais voir mon bébé, c’était tout ce qui importait. On nous avait habillés, ton père et moi. On m’avait allongée sur la table, les bras ouverts, prêts à enlacer ma fille. La fusion avait été totale. Viscérale. Elle était mon enfant, ma chair, la merveille de mon univers ; de l’univers entier, en réalité, car le reste ne comptait plus.
Ton père avait coupé le cordon, puis on avait amené Emmy ; on devait réaliser des examens complémentaires. Moi, j’attendais. Elle avait quitté la salle, mais je sentais encore sa présence, telle une flamme immortelle au fond de moi.
Au bout de deux heures, j’ai enfin pu l’embrasser, l’admirer, m’abreuver de ce petit être qui existait déjà depuis huit mois dans mon corps et dans mon cœur. Ton père gardait ses distances — qu’importe, je prenais la place pour deux. L’année 2020 commençait, et comme elle s’annonçait belle…
Le confinement dû à l’épidémie du covid, trois mois plus tard, a renforcé notre bulle. À l’extérieur, le monde s’écroulait ; à l’intérieur, il grandissait. Comme la pile de souvenirs.
J’aurais aimé te prendre en photo, aussi, Malya. Te montrer les premières semaines de ta vie. Mais je n’allais pas bien, mon trésor. Toi et moi, longtemps, nous avons vivoté et il m’a fallu de la force pour me retourner sur nos premiers instants ensemble. Aujourd’hui, tu as deux ans. Le bébé laisse doucement place à une petite fille, et ta première année ne pourra jamais se capturer dans des photographies, des vidéos ou des magnets. Mais ces mots retracent nos débuts. Ils racontent ma douleur et ta résilience, ma reconstruction et ta naissance.
Mais surtout, surtout, ils racontent notre amour.
Les premiers souvenirs de notre pile.
Mon bébé
Mon cœur s’emballe à la vue de la double barre sur le test de grossesse. Mon cerveau tourne. Joie, excitation, peur, impatience, tout se mélange dans un flot qui me submerge déjà un peu. Je t’ai tellement désirée, mon trésor, tellement. Je m’inquiète d’une grossesse aussi éreintante que la première, mais cet amour fou qui me consume pour ta sœur, j’ai besoin de l’agrandir. Il m’épuise, mais me nourrit, m’absorbe, mais me donne envie de vivre.
Pourtant, quelque chose ne va pas. Tu as été attendue, choisie, alors pourquoi cette culpabilité commence à naître en moi ? Je serre Emmy contre ma poitrine — elle a deux ans maintenant. Elle ne veut que mes bras. Je suis devenue son monde autant qu’elle est le mien depuis sa naissance. Je l’enlace. Deux cœurs, un corps, rien n’a vraiment changé depuis l’accouchement.
Je connais sur le bout des doigts les risques de l’arrivée d’un deuxième enfant. Sentiments d’abandon chez l’aîné, destruction de l’équilibre familial, explosion du couple, la liste est longue. Je les vis chaque jour à travers les familles que j’accompagne, en tant qu’éducatrice spécialisée. La relation parents-enfants, je l’analyse, je la décortique, je la comprends et j’aide à la soigner, si c’est possible. J’ai les outils, l’expertise, l’expérience ; mais pourquoi, pourquoi, alors que toi, petite graine dans mon ventre, tu sors juste tes racines, je crains déjà le moment où tu écloreras ? Emmy colle son visage dans ma nuque. Je la respire. Je ne veux pas qu’elle se sente abandonnée.
Les contractions et les nausées sont de retour. Miroir de la première grossesse. Tant pis et peut-être même, tant mieux ; si tout se répète, l’amour également. Je subis, je combats la fatigue — ta sœur ne dort pas. Moi non plus. Ce ventre, immense, pèse sur tous mes muscles. Je ne sais pas quoi faire de lui.
Malgré l’épuisement, je savoure de découvrir ta silhouette aux échographies, je me délecte des battements de ton cœur grésillant à travers les machines. L’impatience et l’excitation grandissent. La culpabilité et l’inquiétude aussi. Ambivalence qui ne me quitte plus, elle fait partie de moi autant que toi.
À cinq mois, on m’impose de ralentir. Mon CDD n’est pas reconduit — il aurait dû l’être, pourtant. On me l’annonce à l’oreille, comme un secret. Comme une honte.
Mon corps est lourd, l’ambiance à la maison aussi, j’ai besoin de soutien, mais ton père ne comprend pas. Il demeure absent, physiquement, émotionnellement. Son devoir est ailleurs. A ses yeux, je crée l’avenir. Lui le préserve en travaillant. Sa pression n’a pas le même poids, mais elle pèse sur nos quatre épaules.
Alors, je me débrouille. Je donne tout pour Emmy et toi. Elle, je la prépare à ta venue, je l’apaise, je lui assure de rester là pour elle lorsque tu nous rejoindras. Quoiqu’il arrive. Toujours. Je lui crée une boîte de souvenirs qu’elle conservera pour ces instants loin d’elle, à la maternité. « Deux jours, mon bébé, juste deux jours sans maman. Ensuite je reviendrai prendre soin de toi ». Je le lui promets. Je connais les dégâts des sentiments d’abandon, je dois à tout prix l’en préserver. J’ai trop vu cette souffrance chez les enfants que j’ai suivis. Le lien avec son père tient à peine… Il faut que je la protège de nos absences.
Toi, je t’attends. Je t’invente. J’imagine notre accouchement. Notre rencontre sera belle, je le sais. Tout doit être idéal. Tu naîtras par voie basse, on te posera sur ma poitrine, on t’enfilera un bonnet un peu ridicule, mais que je garderai comme un trésor. J’entendrai ton cœur cogner contre le mien. Nous serons bien. Tout sera idéal.
À un mois du terme, nous partons chez tes grands-parents. Notre maison de campagne est trop isolée. Eux vivent à Angers, près de l’hôpital. Cela rassure ton père. Il sait que je ne serai pas seule lorsque, comme ta grande sœur, tu arriveras plus tôt. Nous en sommes convaincus : l’acupuncture fera le même miracle.
L’avenir nous donnera raison.
La chaleur s’engouffre dans la chambre, ce jour-là. Août démarre à peine. Je transpire, cachée sous un drap, ridiculement visible avec mon gros ventre, magnifiquement heureuse de jouer avec Emmy. Elle est juste là, sur le lit, je distingue sa silhouette à travers le coton. D’une seconde à l’autre, j’écarterai le tissu, j’écarterai les bras, je l’enlacerai contre nous. Est-ce que tu sentais mon trésor, lorsque je câlinais ta sœur ?
Je soulève le drap et le rire d’Emmy s’envole. Mon cœur aussi. Elle crie de joie en me découvrant, se blottit contre moi, je referme le tissu sur nous. Je nous préserve encore un peu.
Soudain, Emmy se relève. « Maman ! Tu as fait pipi dans ta culotte ! » pouffe-t-elle, les mains collées sur sa bouche. Sous mon corps, le matelas est moite. Ma robe dégouline. Je me redresse brusquement, bondis hors du lit de mes parents, des draps de mes parents, excitée par ton arrivée imminente, mais gênée d’en avoir laissé la preuve sur ce matelas. J’explique à ta sœur que tu viens de toquer sur mon ventre, et que le moment de partir à l’hôpital approche. Derniers instants à deux que je ne dois pas précipiter. Que je ne dois pas rater. Le rire d’Emmy s’efface. La peine dans ses yeux me blesse. Je dois la rassurer, lui répéter ma promesse, vite, que sa joie revienne ! Elle pleure, moi je me retiens, je cache mon inquiétude sous les jeux et les baisers. Je lui prépare son goûter, je la berce, je la câline, blotties l’une contre l’autre, pendant que toi, mon trésor, tu avances doucement vers nous.
Je téléphone à ton père ; il refuse de quitter son service en avance. L’angoisse et la colère me submergent, je hurle, nous nous disputons, mais rien n’y fait. Il ne partira pas avant deux heures. Je me force à me calmer, pour toi, pour Emmy. Je contacte l’hôpital, on me dit de venir, mais « il n’y a qu’une seule personne qui peut vous accompagner, Madame. » Il faut que ce soit ton père, bien sûr, qui autrement ? Malgré ma rancune, ça ne peut qu’être lui ! Si j’entre avec ma sœur ou mes parents, il ne pourra pas nous rejoindre. Emmy continue de pleurer et ses larmes me sont plus douloureuses que tout le reste. Je la quitte; en la laissant j’abandonne une partie de moi-même.
C’est seule que j’arrive à l’hôpital, seule que je monte en salle de travail, seule que j’enchaîne les examens. Je sens qu’il y a un problème. On me rassure, pourtant, on me change sans cesse de posture. « Bébé est inconfortable », me dit la sage-femme. On appelle un médecin. On me parle d’une VME : version par manœuvre externe. Une manipulation pour te remettre dans le bon positionnement ; en me redressant, juste après la perte des eaux, ton bras s’est coincé. Ton coude appuie sur mon placenta. On te replace, mais ton bras se replie, on essaie à nouveau, encore, encore, encore. J’ai mal, mais je m’accroche. Six tentatives, avant l’abandon. De toute façon, le travail commence. On me monte en salle d’accouchement. Ton père accourt, s’excuse, ce n’est pas grave, je lui pardonne. Je suis heureuse qu’il soit là, avec nous.
On m’applique la péridurale. Tu arrives bientôt, mais je ne parviens pas à m’en réjouir. Malgré l’assurance des sages-femmes, je perçois leur inquiétude. Pourquoi ces allers-retours permanents ? Pourquoi ces silences ? Mon corps leur parle à travers les bips répétitifs des machines, les examens gynécologiques, les échographies. À moi, on ne dit rien. J’ai peur. As-tu peur toi aussi ? Sur le monitoring, je vois le rythme de ton cœur baisser dangereusement à chaque contraction.
Seule
Brusquement, tout s’écroule. L’intimité éclate sous les cris des médecins et des sages-femmes. « Code rouge, code rouge ! Où sont les anesthésistes ! » hurle quelqu’un. Je ne perçois qu’un déferlement de bras et de jambes vêtus de blouses et de masques. La panique m’envahit. On sort ton père, je m’accroche à lui, je refuse, on me dit que c’est impossible, on s’affaire autour de moi, on ne m’explique rien ou peut-être que si ? On me pose sur un brancard, on s’élance dans les couloirs, les néons défilent au-dessus de ma tête, le brouhaha est incessant dans mes oreilles. Les cris, les appels, les bips stridents des machines.
On m’habille. On m’allonge sur la table, les bras écartés, comme la première fois, mais je suis incapable d’accueillir qui que ce soit. Je n’entends plus, je ne vois plus, je me sens partir. Je vais mourir. Je le sais, intrinsèquement, viscéralement. Je pense à Emmy. Elle m’attend. Je lui avais promis que je serais de retour dans deux jours. « Restez avec nous, madame ! Serrez mes mains ! Serrez ! » La voix sonne loin, si loin… Dans un autre monde. Est-ce que je sers, là ? Je l’ignore. Mon corps me lâche. Je crois entendre quelqu’un pleurer, je ne discerne plus la réalité de l’esprit. On continue de m’ordonner de rester ici, avec eux, de ne pas partir. On te cherche, dans mon ventre. On me trifouille. Tu arrives bientôt, mais moi, je suis déjà ailleurs. Et si je mourais, aujourd’hui, sur cette table ? Je ne reverrai plus Emmy. Tout devient flou. Je reprends à peine conscience lorsqu’on pose quelque chose contre ma joue. On me dit que c’est toi, mais je ne te reconnais pas. Je regarde sans te voir. Un bébé moite, rouge, dégoulinant. Mais vivant. On l’emmène quelque part, on m’amène ailleurs. Via une caméra, j’aperçois cet enfant dans une couveuse. On m’informe que tout va bien, que tu as juste un peu froid. J’apprendrai plus tard que tu t’es battue, toi aussi. Pour venir au monde, pour respirer, pour vider tes poumons que mon placenta déchiré par ton coude avait remplis de sang. Ou peut-être qu’on me l’a expliqué, à l’hôpital, mais que je n’ai pas pu l’entendre. Je ne sais plus.
La vie et la mort se sont étroitement liées, ce jour du deux août 2022.
Les jours à la maternité disparaissent de ma mémoire, sorte de brouillard permanent où se mêlent tes pleurs et les miens. Des sanglots incessants pour nous deux. Je suis fatiguée, si fatiguée…
On me propose de s’occuper de toi, juste une nuit, pour que je puisse dormir. On te ramène au bout d’une heure. Tu es inconsolable. Je connais tes besoins plus que je ne les ressens. On me les a appris, durant ma formation d’éducatrice. Nourrir. Bercer. Changer. Recommencer. Je sais que tu dois avoir peur, qu’il n’y a que mon corps qui pourrait te rassurer. Ce corps qui a été ta première maison. Mais il me paraît si lourd, maintenant, trop lourd pour te porter. J’ai l’impression qu’il ne me soutient plus moi-même. Je suis tellement fatiguée. Emmy me manque atrocement et cette pensée m’écrase de culpabilité — envers elle, et envers toi.
Un matin — j’ai oublié lequel —, on entre dans ma chambre. On me parle d’une étude sur le stress post-traumatique des mères après un accouchement difficile. Suis-je intéressée d’y participer ? J’accepte, bien sûr. Comme dédoublée, l’éducatrice spécialisée en moi sait que j’ai besoin d’aide. Que je me tiens au bord du gouffre. On m’explique que j’aurai plusieurs rendez-vous avec des médecins et des professionnels, à un, six et douze mois de post-partum. Je me sens un tout petit peu moins seule. Au moins, trois fois dans l’année, quelqu’un me demandera comment je vais.
Nous rentrons à la maison. Ton père m’a préparé une surprise ; banderole et ballons. Je pleure. De gratitude, mais surtout de tristesse. Il est si loin de ma réalité.
Les semaines passent. Mon corps guérit doucement, mais, dans mon esprit, le ravin reste proche. Un seul pas suffirait. Souvent, j’y pense. Ce serait si simple de lâcher prise. Je me raccroche à Emmy, je prends soin d’elle pendant que ton père s’occupe de toi. La culpabilité me dévore, je voudrais faire plus, faire mieux, mais j’en suis incapable. Je te regarde, mais je ne te vois toujours pas. La mère en moi se sent plus bas que terre. L’éducatrice spécialisée aussi. J’ai une conscience terrible des dégâts possibles sur toi.
Un mois plus tard, l’hôpital me contacte par téléphone. On me préconise un rendez-vous avec une psychiatre ; je lui déverse tout. Elle me conseille un suivi avec l’unité de soins parents/enfants, mais je refuse. La honte me submerge. J’appartenais à l’autre côté, il y a peu ; celui des aidants. Maintenant, je ne peux plus aider personne. Même pas moi. « Alors, une PMI ? » me propose la psychiatre. J’accepte, mais seulement parce que le centre PMI se trouve loin. Je ne veux croiser aucune famille avec laquelle j’ai travaillé par le passé. Ma douleur doit rester cachée.
A contrario, ton père se faufile dans ton cœur et toi dans le sien. Parce qu’il doit veiller sur toi, un lien se crée entre vous, un lien qu’il n’avait pas construit avec ta sœur. « Toi, tu sais faire », me répétait-il lorsque je lui proposais de s’occuper d’Emmy. C’est vrai, je savais faire. Lui devait tout apprendre. C’est avec toi, mon trésor, qu’il a appris.
À trois mois, nous vivotons. Je sens déjà toute la force en toi, elle me traverse, pénètre un peu en moi. Les intervenants du centre PMI me font du bien. J’émerge doucement la tête hors de l’eau. Je me raccroche toujours à Emmy, mais aussi de plus en plus à toi.
À six mois, mon cœur s’éveille enfin. Une ampoule grésillante, fatiguée, à la lumière faible et vacillante — mais allumée. Quel bonheur de le raconter à la psychiatre de l’hôpital ! Je vais m’en sortir. Nous allons nous en sortir.
Mais à l’approche de tes un an, je replonge. On me parle de ton anniversaire, de ta fête, on se réjouit, un an déjà pour la petite Malya ! C’est merveilleux ! Moi, je ne cesse de pleurer. Je ne comprends pas. Je croyais aller mieux, je pensais m’être enfin éloignée du gouffre, pourtant la tête me tourne à nouveau, les angoisses resurgissent, mon cœur s’emballe dès qu’il est question d’un gâteau, d’un ballon. Je suis incapable de célébrer ce jour. Les nuits deviennent terribles, synonymes de mort : la mienne. La tienne. Celle d’Emmy. Les cauchemars s’enchaînent, me laissant épuisée.
Je me raccroche au dernier rendez-vous avec la psychiatre de l’hôpital. Je lui parle de sessions d’EMDR sous hypnose que j’aimerais essayer. Je connais déjà l’efficacité de cette méthode sur les traumatismes.
Il n’aura fallu que deux séances, mon trésor. Deux séances pour me libérer enfin. Alors que je referme la porte du bureau, les joues baignées de larmes, je n’ai qu’une seule envie : courir vers toi, te serrer contre mon cœur, coller mon visage dans ta petite nuque et te murmurer comme je t’aime. Les mots débordent en moi, je pourrais les crier au monde entier, les laisser se déverser ! Telle une digue qui céderait enfin, répandant son eau pour raviver un paysage sec et aride. L’amour vivait dès les premiers instants. Bloqué. Écrasé par nos douleurs. Il aura fallu du temps pour lui ouvrir l’accès, mais désormais il bat en moi. Il cogne dans ma poitrine. Plein. Complet.
Nous
Aujourd’hui, tu as deux ans et demi. Ton dernier anniversaire a été merveilleux, une véritable fête pour toute notre famille. Je te regarde grandir. Tu es magnifique, mon trésor. Tu joues avec ta sœur, tu l’inclus dans des bêtises qu’elle n’aurait jamais osé faire. À tes côtés, elle s’autorise à s’éloigner enfin de moi. Elle lâche prise. Elle a confiance, toi qui n’as peur de rien.
Je sirote un café, assise à côté de ton père. Je lui souris. Lui aussi, tu l’as transformé. Il est devenu papa. Votre lien indéfectible s’est allongé, se faufilant jusqu’à Emmy, l’entraînant avec vous. Comme si tu lui avais montré le chemin.
Les larmes montent lorsque je repense à notre pile de souvenirs. Le deux août 2022, ta naissance m’a poussé à renaître, moi aussi. Je crois en un avenir plus doux, désormais ; et quand d’autres obstacles, d’autres douleurs surgiront, nous les traverserons. Unies.
Ma guerrière. Ma combattante.
Biographie réalisée lors d’une unique séance.
Publiée avec l’accord de la narratrice.
