Lettre à ma biographiée :
Fanny

ExtraitBiographie_DepressionPostPartum_Combattantes

      Je prends place dans ce café que tu as choisi, un thé dans mes mains pour leur donner une contenance. Occuper mes doigts stressés. Cacher ma nervosité.
     Tu l’ignores, mais tu es la première. La première inconnue à s’asseoir devant moi, à me raconter, à se confier.

      Ton histoire me parle déjà — celle d’une maman. Moi aussi, je découvre la maternité depuis peu. Je comprends ton amour et je comprends ta peur, même si tes douleurs me sont étrangères.
       J’espère être à la hauteur de ton passé et de la lecture à venir de ta petite fille. Le texte que nous allons construire ensemble lui est destiné.

     Tu arrives ; grande, souriante, confiante. Je m’étais préparée à rassurer et à apaiser, mais tu n’en as pas besoin. Les mots coulent naturellement vers mon carnet.
       J’ai l’impression que parler, déjà, t’apporte une forme de soin. Une libération. Tu n’hésites pas.
       Je note, je note tout, je ne veux rien perdre de tes souvenirs. Je sens que cette heure, ensemble, est importante pour toi. Elle l’est aussi pour moi. Tu es la première.
       J’espère rendre hommage à tes mots…

      Lors de l’écriture, une fois seule devant mon ordinateur, l’émotion me submerge. Je pleure en rédigeant ton histoire.
      Étrangement, j’ai honte ; comme si je n’en avais pas le droit, moi qui n’ai rien vécu de ce qui se raconte. Mais tu m’as transmis ta détermination, tu m’as partagé tes doutes et tes soulagements. Tu m’as confié cet amour indescriptible pour tes enfants.
      Je déverse tout ce que je peux sur le papier pour que ta petite fille, plus tard, puisse aussi le ressentir.

      Ta biographie s’intitule « Combattantes » — avec un S. Pour toi, et aussi pour ce bébé qui s’est battu pour s’accrocher dans ton cœur.
      Aujourd’hui, tu choisis de diffuser le texte — au personnel soignant et aux autres mamans qui, chaque jour, souffrent d’une dépression du post-partum. Pour libérer, à ton tour. Cette histoire t’appartient, mais elle s’envole vers d’autres régions, d’autres mains, d’autres esprits.
       Elle restera gravée dans le mien. Pas seulement parce qu’elle était la première. Mais parce qu’elle raconte la douleur et la beauté d’être mère.

Extrait de la biographie de Fanny (diffusé avec son accord)

      Les jours à la maternité disparaissent de ma mémoire, sorte de brouillard permanent où se mêlent tes pleurs et les miens. Des sanglots incessants pour nous deux. Je suis fatiguée, si fatiguée…
        On me propose de s’occuper de toi, juste une nuit, pour que je puisse dormir. On te ramène au bout d’une heure. Tu es inconsolable.
       Je connais tes besoins plus que je ne les ressens. On me les a appris, durant ma formation d’éducatrice. Nourrir. Bercer. Changer. Recommencer. Je sais que tu dois avoir peur, qu’il n’y a que mon corps qui pourrait te rassurer. Ce corps qui a été ta première maison. Mais il me paraît si lourd, maintenant, trop lourd pour te porter. J’ai l’impression qu’il ne me soutient plus moi-même. Je suis tellement fatiguée. Emmy me manque atrocement et cette pensée m’écrase de culpabilité — envers elle, et envers toi.

       Un matin — j’ai oublié lequel —, on entre dans ma chambre. On me parle d’une étude sur le stress post-traumatique des mères après un accouchement difficile. Suis-je intéressée d’y participer ? J’accepte, bien sûr. Comme dédoublée, l’éducatrice spécialisée en moi sait que j’ai besoin d’aide. Que je me tiens au bord du gouffre.
     On m’explique que j’aurai plusieurs rendez-vous avec des médecins et des professionnels, à un, six et douze mois de post-partum. Je me sens un tout petit peu moins seule. Au moins, trois fois dans l’année, quelqu’un me demandera comment je vais.

      Nous rentrons à la maison. Ton père m’a préparé une surprise ; banderole et ballons. Je pleure. De gratitude, mais surtout de tristesse. Il est si loin de ma réalité.

Fanny a eu la gentillesse d’accepter de diffuser sa biographie, réalisée après un entretien d’une heure. Une histoire de naissance, de résilience et d’amour.

Pour la découvrir, cliquez sur la plume !

Pour me raconter votre histoire :

En cas de détresse psychologique post-accouchement, n’hésitez pas à vous tourner vers un.e médecin, une sage-femme, ou le centre de PMI le plus proche de chez vous.

Pour lire une autre « Lettre à ma biographiée » :

Ma rencontre avec Valérie*, une « enfant de la Creuse », enlevée de sa Réunion natale à l’âge de quatre ans.

*Le prénom a été changé

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